jeudi 29 décembre 2011

Compteurs intelligents - Hydro fonce malgré les questions en suspens

Hydro-Québec compte installer 3,7 millions de nouveaux compteurs entre 2012 et 2017 au coût de 100 millions pour épargner 300 millions en 20 ans si, d'ici là, aucune poursuite ne modifie ses prévisions.  Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Hydro-Québec compte installer 3,7 millions de nouveaux compteurs entre 2012 et 2017 au coût de 100 millions pour épargner 300 millions en 20 ans si, d'ici là, aucune poursuite ne modifie ses prévisions.

Hydro-Québec continue l'installation de ses compteurs «intelligents» dans trois villes malgré la tempête sociale et politique que ces appareils soulèvent ailleurs au Canada et aux États-Unis, y compris dans la communauté scientifique.

En Colombie-Britannique, où se poursuit un programme d'installation de ces compteurs, réputés pour émettre des radiofréquences susceptibles d'affecter les personnes «électrosensibles», la bataille fait rage. Certains se sont attachés à leurs compteurs analogiques ou mécaniques pour empêcher leur remplacement. D'autres bloquent l'accès à leur demeure aux installateurs, mais n'y arrivent pas si le compteur est à l'extérieur.

En Californie, PG&E, l'un des plus importants distributeurs d'électricité de la côte ouest des États-Unis, a fini par annoncer, il y a dix jours, qu'elle respecterait le libre choix des consommateurs qui ne veulent pas des nouveaux compteurs émetteurs de radiofréquences. Au début du mois, elle avait provoqué un tollé médiatique après avoir coupé l'électricité à une mère de famille qui avait fait débrancher le nouveau compteur en raison des problèmes de santé qui frappaient ses enfants: maux de tête, problèmes de sommeil, vertiges, cauchemars, etc.

PG&E va en réalité plus loin que la régie californienne, qui avait suggéré comme compromis d'imposer des frais mensuels à ceux qui voudraient conserver leur compteur mécanique traditionnel. Pour éviter un désabonnement massif de clients, ce qui n'est pas possible au Québec en raison du monopole hydro-québécois, PG&E a plutôt choisi de respecter le choix de ses clients, quitte à faire approuver son choix par l'organisme réglementaire.

Au Québec

Jusqu'ici, Hydro-Québec a installé près de 20 000 des 25 000 compteurs intelligents qu'elle doit installer dans le quartier Villeray, à Montréal, puis à Boucherville et dans la région de Magog.

L'opposition à ce projet demeure dispersée, car aucun organisme de premier plan ne regroupe les protestataires, qui se découvrent aux prises avec le problème une fois le compteur installé. En revanche, les témoignages de particulier se multiplient dans les médias et devant la Régie de l'énergie.

Hydro-Québec compte installer 3,7 millions de nouveaux compteurs entre 2012 et 2017 au coût de 100 millions pour épargner 300 millions en 20 ans si, d'ici là, aucune poursuite ne modifie ses prévisions. L'opération va aussi lui permettre de se départir de ses 725 releveurs de compteurs.

Tous les compteurs et les entrées électriques, explique Stéphane Bélainsky, un spécialiste dans l'évaluation des ondes électromagnétiques, émettent ce type d'ondes. Mais les nouveaux compteurs Landis-Gyr — les mêmes que les 2 millions installés par PG&E en Californie, qui lui ont attiré 2000 plaintes — émettent en plus des radiofréquences, tout comme un Wi-Fi, un routeur ou un cellulaire.

Hydro-Québec prétend que son appareil n'émet que 6 fois par jour pour transmettre les données d'un compteur. En Californie, devant la juge Amy Yip Kikugawa, PG&E a admis que c'était exact, mais uniquement pour les données de consommation. La gestion du réseau et la transmission de données, qui passent d'un appareil à l'autre, exigent, selon les périodes ou selon l'emplacement d'une résidence dans le réseau, de 10 000 à 190 000 pulsions par jour.

En Californie, une vingtaine de municipalités et de comtés ont opté pour des moratoires par application du principe de précaution. En Europe, le Parlement européen a demandé à tous les pays d'imiter la Suède dans ce domaine, qui a décidé d'accorder aux personnes qui souffrent d'hypersensibilité électromagnétique le statut de personnes à capacité réduite. Mme Gro Harlem Brundtland, qui avait lancé en 1988 le concept de développement durable et qui a présidé aux destinées de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), s'est déclarée frappée par cette affection qu'ici, au Québec, plusieurs médecins ridiculisent, y voyant un problème psychologique, voire de la paranoïa. Depuis, l'OMS a classé les champs électromagnétiques, y compris ceux émis par les cellulaires, comme étant de «classe 2 B», c'est-à-dire potentiellement cancérigènes, malgré les efforts de l'industrie de la téléphonie cellulaire et des Wi-Fi.

Des normes désuètes

Le problème, explique Stéphane Bélainsky, réside en partie dans les normes. Le Canada s'en tient à la vieille norme «thermique», basée sur le phénomène du réchauffement des cellules exposées aux radioféquences. C'était la norme mise au point en URSS avec les soldats exposés aux puissants radars militaires. Mais on s'est aperçu, dit-il, que cette norme avait été calibrée auprès d'adultes sains et forts, alors qu'il existe à côté une importante littérature scientifique qui démontre l'existence d'effets «biologiques» à des doses moindres chez des personnes vulnérables. C'est ainsi que plusieurs pays ont mis en place des normes de 100 à 1000 fois plus sévères que celles du Canada, «derrière lesquelles Hydro-Québec se retranche».

À la fin de l'automne, M. Bélainsky a signé une étude pour le compte de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) qui a permis d'ausculter les récents compteurs intelligents d'Hydro-Québec. Cette étude, déposée devant la Régie de l'énergie, démontre que ces appareils émettent jusqu'à 3600 fois par jour, plutôt que six.

Stéphane Bélainsky conclut: «Le problème de fond, que devront trancher les tribunaux sans aucun doute, est sans contredit: Est-ce qu'une société d'État a le droit d'installer dans votre résidence un appareil qui va vous bombarder de radiofréquences pendant des années, et dont vous ne voulez pas en application du principe de précaution?» 

Source: Louis-Gilles Francoeur - Le Devoir 

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Il est clair qu'Hydro-Québec fera tout pour pousser l'installation de ses compteurs d'eau. D'autant plus que depuis 2003, Hydro-Québec a été la victime consentante de manoeuvres suspectes qui ont fait en sorte qu'on veut savoir à qui va profiter ce projet extrêmement lucratif, à fin du compte, malgré sa dangerosité "potentiellement cancérigène"? 
 

May

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