jeudi 15 décembre 2011

Russie - Moscou veut contrôler l'Internet


Depuis les fraudes aux législatives, l'opposition se mobilise surtout via les réseaux sociaux.
Moscou — Les autorités russes multiplient les initiatives pour contrôler l'Internet, principal espace de liberté d'expression et puissant instrument de mobilisation de l'opposition au moment où le régime de Vladimir Poutine fait face à une contestation sans précédent.

Le secrétaire du Conseil de sécurité, Nikolaï Patrouchev, a estimé dans une interview hier que la Russie devait «réglementer de manière raisonnable» l'Internet pour assurer sa sécurité. Il a cité à titre d'exemple les États-Unis où les services secrets peuvent avoir accès à des données personnelles à l'insu des utilisateurs pour éviter les attaques terroristes, mais aussi la Chine où les réseaux Facebook et Twitter sont censurés depuis des émeutes en 2009 dans la région en majorité musulmane du Xinjiang.

Une ONG, «la Ligue de l'Internet sûr», qui a dans son conseil de parrainage le ministre des Communications et un représentant des services de sécurité, a pour sa part présenté hier une proposition de loi obligeant les opérateurs à bloquer les sites ayant un contenu illégal comme la pornographie mettant en scène des enfants et les "matériaux extrémistes"».

Le général Alexeï Mochkov, du département K du ministère de l'Intérieur chargé de la surveillance des communications, a proposé la semaine dernière que les utilisateurs du Web renoncent à l'anonymat, jugeant par ailleurs que les réseaux sociaux étaient «potentiellement dangereux pour la société».

Ces initiatives inquiètent les défenseurs des droits de la personne, blogueurs et professionnels du secteur qui y voient des tentatives de censurer l'Internet, dans un paysage politique verrouillé où les télévisions sont strictement contrôlées par l'État.

«Il est très important que de telles propositions soient rendues publiques après les manifestations massives à Moscou et à la veille d'un nouveau rassemblement» prévu pour le 24 décembre, a déclaré le chef de l'ONG pour les droits de la personne Lev Ponomarev.

Des manifestations d'une ampleur exceptionnelle ont été organisées samedi dernier par l'opposition, avec de 50 000 à 80 000 personnes à Moscou, pour dénoncer des fraudes massives aux législatives du 4 décembre et réclamer le départ de l'homme fort du pays Vladimir Poutine. La mobilisation se fait principalement via les réseaux sociaux.

«Le pouvoir porte atteinte à notre liberté individuelle. C'est un retour à l'URSS. Nos médias sont censurés. Qu'on ne touche pas à l'Internet! Qui va déterminer ce qui est extrémiste?», a déclaré le célèbre blogueur Alexandre Pliouchtchev, interrogé par l'AFP.

Irina Levova, analyste de l'Association russe des communications électroniques, a estimé que le projet de loi prévoyant de bloquer des sites «extrémistes» était «contraire à la Constitution qui interdit la censure». «Si la société était satisfaite de la politique, les commentaires seraient positifs sur l'Internet. Les réseaux sociaux n'y sont pour rien», a-t-elle ajouté.

Le 4 décembre, jour des législatives, les sites de l'ONG russe Golos qui recensait les fraudes et les pressions grâce à un réseau de correspondants en Russie et aux témoignages d'internautes avaient été rendus inaccessibles par des cyberattaques, comme ceux de plusieurs médias partenaires. Golos a accusé les services secrets russes d'avoir été derrière ces cyberattaques.

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