mercredi 3 septembre 2014

Ukraine: Interview pour Solidarité Étudiante (Amiens)

Un document très éclairant, voire même percutant  sur le déroulement des événements qui ont donné lieu à la situation qu'on connaît aujourd'hui, en Ukraine.  

Manifestations le 1er décembre 2013 dans les rues de Kiev.


Rédigé par Jacques Sapir
le Dimanche 31 Août 2014 à 16:52

Que s’est-il passé en Ukraine de l’automne 2013 à février 2014 sous le nom « EuroMaïdan », conduisant le renversement d’un chef d’État pourtant démocratiquement élu ?

Au début de l’automne 2013, il s’agissait surtout d’un mouvement de révolte contre la corruption. Depuis une quinzaine d’années, l’Ukraine vit sous un régime de corruption endémique, quel qu’ait été le parti au pouvoir. Il est cependant clair qu’avec Yanoukovitch, la corruption avait atteint des sommets jamais égalés. Au début de l’hiver, le mouvement connaît une première inflexion.

La revendication d’une possible « adhésion » à l’UE émerge, de même qu’un sentiment nationaliste. Très vite, des ultra-nationalistes font main basse sur le mouvement de contestation, alliés à des gens qui se faisaient, parfois naïvement, parfois non, des illusions sur une entrée rapide dans l’Union européenne. La tension est alors montée rapidement. Dans les dix jours qui précèdent l’accord du 21 février, on a assisté à un basculement dans la violence du mouvement de contestation qui conduit à un véritable coup d’Etat d’extrême-droite.

Il est ainsi aujourd’hui établi que c’est  cette extrême-droite qui est la principale responsable des fusillades et des morts sur la place Maïdan. Le 21 février, un accord de sortie de crise est signé par le président Yanoukovitch et les principaux protagonistes politiques du mouvement, accord dont se portaient garants l’Union européenne (dont la France). Cet accord porte, entre autre, sur l’organisation d’élections présidentielles pour la fin du mois de mai.

Il faut ici rappeler que la Russie (malgré des réserves) ne s’oppose nullement à cet accord, et qu’elle considère que la crise en Ukraine ne concerne QUE les Ukrainiens. Le lendemain cependant Yanoukovitch s’enfuit sans qu’il y soit donné d’explication claire : craignait-il  des menaces sur sa vie (ce qui n’est pas impossible au vu de la présence de groupes armés de l’extrême droite) ou est-il parti sur calcul politique dans l’espoir d’une intervention russe ?

Si c’est cette hypothèse, alors il fait un très mauvais calcul. Le Premier Ministre russe, Dmitry Medvedev fera dans les jours qui suivent une déclaration pour dire que Yanoukovitch « n’a plus d’avenir politique ». Yanoukovitch a lassé le gouvernement russe par ses tergiversations continuelles, mais aussi par le spectacle de sa corruption.

Mais, le départ de Yanoukovitch crée un problème politique. Il y a vacance du pouvoir de fait. L’assemblée nationale (la Rada d’Etat) aurait pu exiger que le Président revienne, quitte à le démettre s’il s’y était refusé. Ce n’est pas la voie qui est choisie. Il y a la constitution d’un gouvernement de fait, sur la base d’un Parlement dont certains membres sont de fait arrêtés, et d’autres soumis à des menaces physiques.

L’une des premières décisions est de faire interdire de vote un certain de nombre de députés hostiles au nouveau pouvoir et d’interdire aux autres de quitter Kiev. Puis, le « chef » de cette assemblée se proclame chef du pouvoir provisoire. En rupture avec l’accord du 21 février, la situation insurrectionnelle se transforme en coup d’État, mettant l’Ukraine en dehors de toute légalité constitutionnelle.

Il faut ici mesurer toutes les implications de ce qui se passe à Kiev du 23 au 28 février. Si l’on considère la légalité constitutionnelle, il y a clairement une rupture. Ce pouvoir est illégal ou alors on doit sommer Yanoukovitch (qui est toujours le président légal) de rentrer au plus vite à Kiev. Ou alors, on considère qu’il y a une révolution. Mais, toute révolution implique la rupture de l’ordre constitutionnel préexistant.

Si l’ordre constitutionnel est rompu, ce n’est pas à des élections présidentielles (ou législatives) qu’il faut procéder, mais à l’élection d’une assemblée constituante. De ce dilemme nait la crise que l’on va connaître dans les semaines qui suivent. Et une part des responsabilités en revient ici aux gouvernements des pays de l’Union européenne qui n’ont pas dit clairement aux dirigeants de Kiev qu’il ne pouvait y avoir que deux solutions : soit le rappel de Yanoukovitch, soit l’élection d’une assemblée constituante.

Y a-t-il eu ingérences étrangères dans ces événements ?

L’ingérence de groupes étrangers est prouvée. Ainsi, Georges Soros s’en est-il même vanté et l’entraînement paramilitaire de militants néo-nazis ukrainiens en Pologne par des groupes polonais proches a été dévoilé par un journal polonais de gauche. Mais il y a aussi eu un soutien, implicite ou explicite et actif de la part d’État de l’Union européenne et des USA.

On peut penser qu’il s’agissait plus de maladresse et d’aveuglement plutôt que d’un dessein, mais cela a conduit à une fuite en avant incontrôlée. Ainsi, des personnalités, et parfois des officiels, européens et américains vont défiler place Maïdan de décembre 2013 à février 2014, mais sans jamais dire, même à mots couverts, ni à ces manifestants ni à leurs relais politiques, qu’il n’y avait aucune chance d’intégration à l’UE de leur pays à court ou moyen terme, et ce contre toute prudence élémentaire.

Par la suite, ils reconnaissent le gouvernement de fait issu de Maïdan, bafouant leur propre contreseing à l’accord du 21 février et donnant leur soutien à un gouvernement à forte composante nationaliste, voire fasciste. Le tout sans aucune garantie politique sur le respect d’engagements politiques minimaux, par exemple en terme de respect des minorités ou encore des libertés fondamentales et des droits politiques.

L’inconséquence politique est totale. Ce qui est grave, c’est qu’elle fait croire aux dirigeants ukrainiens qu’ils ont le soutien inconditionnel de l’UE et des pays occidentaux. D’une certaine façon, l’imprudence de Mme Ashton et de M. Fabius nous ont arrimé au char des extrémistes ukrainiens.

Quels sont les soutiens du mouvement « EuroMaïdan » ?

Le soutien initial au mouvement « EuroMaïdan » était très diversifié et très large, et représentatif de la société ukrainienne dans sa diversité, tant toutefois qu’il était vécu comme un mouvement anti-corruption. Ce soutien allait donc d’un mouvement démocratique fort mais très peu organisé (mais qui s’effondre en réalité en janvier-février) jusqu’à des mouvements fascistes.

Jusqu’en janvier, cette diversité prévaut mais une évolution apparaît alors d’un mouvement anti-corruption à un mouvement pour une intégration à l’Union européenne, créant une fracture interne. Dans le même temps, on assiste à la montée en puissance à l’intérieur de ce qu’il reste de ce mouvement de mouvements extrémistes tels que Svoboda[1] ou encore Pravy Sektor[2], et au muselage des voix discordantes.

L’élection d’un nouveau président, Poroshenko, a d’ailleurs constitué, malgré le boycott massif des électeurs du sud-est de l’Ukraine, un (court…) moment de stabilisation politique, mais aussi l’expression d’une défiance populaire dans l’ouest le centre du pays à l’égard des extrémistes de Maïdan.

La Russie elle-même reconnait son élection malgré le boycott d’une partie des russophones. Mais Poroshenko, vite mis en face de ses contradictions, choisit la méthode forte en déclenchant une opération militaire dans le Donbass (région de l’est de l’Ukraine et poumon industriel du pays), réduisant à néant presque aussitôt les espoirs nés de son élection.

Quelle politique met en œuvre le nouveau pouvoir ukrainien issu de ce mouvement ?

En réalité, très peu de mesures politiques ont été prises de manière effective. En dehors des attaques contre le statut de la langue russe dans le sud-est russophone du pays, sur lesquelles les nouvelles autorités sont revenues ultérieurement (mais le mal était alors déjà fait, puisque l’est du pays était déjà en révolte…), ou des mesures de persécutions contre les opposants politiques (initialement surtout contre le Parti des régions, l’ancien parti au pouvoir, et ses élus, mais aussi plus récemment contre le parti communiste ukrainien, dont le groupe parlementaire a été dissout, les élus expulsés du Parlement, et qui est menacé d’interdiction).

Mais face à une économie à l’arrêt, avec une aggravation du fait de la crise politique, les nouvelles autorités de fait demandent l’aide du FMI. Aide qui leur est accordée, mais conduisant en contrepartie à de sévères mesures d’austérité budgétaire. C’est ainsi, au niveau universitaire, que le ministre de l’Education[3] a décidé autoritairement une réduction drastique du nombre d’universités de quinze à cinq (avec mise en concurrence entre les « survivantes » et fin du cadrage national des diplômes.

Ces mesures d’austérité budgétaire avaient été initialement plutôt bien acceptées par la population, mais uniquement dans la mesure où elles étaient présentées comme ponctuelles. Il n’est pas impossible que l’hiver difficile qui s’annonce désormais puisse être porteur de contestation sociale quand ces mesures d’austérité vont se révéler dans toute leur ampleur.

Quelles sont les causes de la contestation apparue dans le sud-est de l’Ukraine en réaction au coup de force « EuroMaïdan » intervenu à Kiev ? Qui sont les insurgés du Donbass et que réclament-ils ?

Ce soulèvement dans le sud-est de l’Ukraine, particulièrement puissant dans le bassin industriel du Donbass, est très composite. Ses principales motivations sont l’absence de confiance envers les autorités de fait installées à Kiev par le mouvement « EuroMaïdan », le souci de défense de la langue russe et de leurs spécificités par la population locale, le sentiment antifasciste vivace hérité de la 2e Guerre mondiale et l’enracinement des idées communistes dans cette région cultivant une forte nostalgie de l’époque soviétique.

On peut retrouver dans un sens les mêmes ambiguïtés à front renversé qu’à Maïdan initialement. Contrairement à une idée reçue, les autorités russes sont initialement très méfiantes à l’égard de ces insurgés du Donbass. Ainsi, elles se refusent à reconnaître les référendums d’indépendance, au contraire de ce qui avait été leur réaction en Crimée.

Si elles soutiennent les revendications linguistiques et culturelles des populations de l’est de l’Ukraine, elles affirment que ce problème doit être réglé dans le cadre de la Nation ukrainienne. De même, le gouvernement russe salue l’élection de M. Porochenko comme Président, et un contact personnel avec Vladimir Poutine a lieu le 6 juin quand les deux dirigeants sont présents en France pour les commémorations du débarquement en Normandie. Mais, cette position va progressivement évoluer.

C’est le résultat du refus persistant des autorités de Kiev de prendre en compte les revendications exprimées par les insurgés de l’est de l’Ukraine, mais aussi du déclenchement des opérations militaires, qualifiées par Kiev « d’opération Anti-Terroristes ». Très vite, les pertes civiles vont être importantes. La Garde Nationale, qui rassemble des militants du « secteur droit » (Pravy Sektor) et de Svoboda, va se distinguer par les exactions commises.

On doit ici rappeler le drame d’Odessa ou des militants d’extrême-droite ukrainiens vont bruler vifs près de 40 militants pro-insurrection. Ce drame a des conséquences politiques et psychologiques très importantes. Aussi, dès la fin juin, des volontaires russes, des communistes (du KPRF) mais aussi et majoritairement des nationalistes, parfois d’extrême-droite, viennent progressivement épauler ces insurgés.

Ces volontaires seraient entre 3000 et 5000 dans les forces insurgées. A partir de la seconde moitié du mois de juin, et surtout dans le mois de juillet, on assiste à une prise de contrôle de l’appareil décisionnel plutôt par la fraction la plus nationaliste.

Mais sans effusion de sang ni exclusion de la fraction communiste toutefois, qui conserve des leviers politiques. Par ailleurs, des volontaires européennes antifascistes, surtout des Espagnols et des Italiens, sont actuellement présents pour se battre aux côtés des insurgés. Il y a aussi des Français d’origine ukrainienne, anciens de la Légion étrangère engagés dans les années 1990, ainsi que d’anciens camarades de régiment à eux venus là les aider.

Une forte confusion sur le plan politique prévaut donc. Ce qui fait leur unité, je pense, plus que l’idéologie nationaliste, c’est la volonté de sauver la population civile victime de véritables massacres, de bombardements systématique, et menacée d’épuration ethnique.

Doit-on pour autant voir la main de la Russie dans cette contestation ?

Il existe une implication russe qui se précise dans le cours du mois de juillet et début août, mais elle est indirecte et non directe. Ainsi, il y a une tolérance en faveur du recrutement de volontaires pour le Donbass, mais pas de troupes russes engagées par la Russie sur place, du moins jusqu’au 15 août. Depuis, la Russie semble avoir franchi un pas, et s’être impliquée plus directement.

Aujourd’hui (30 août), il semble qu’il y ait environ un millier de soldats russes en Ukraine. Ceci constitue bien entendu un développement nouveau et inquiétant, même si cela ne saurait expliquer les victoires remportées par les insurgés depuis le 15 août. Rappelons que les forces de Kiev comptent environ 50 000 à 60 000 combattants déployés contres les insurgés, et que ces derniers déploient environ 15 000 hommes.

La question de l’équipement des insurgés a été posée à de nombreuses reprises. Rappelons que, lors de la phase initiale de l’insurrection, ces derniers ont saisi des quantités importantes d’armement sur la police ou sur les unités de l’Armée qui se trouvaient à Donetsk et Lougansk, et dont la plupart se sont soit débandées soit on rejoint les insurgés. Par ailleurs, de nombreuses unités loyalistes ukrainiennes qui ont été encerclées par les insurgés se sont rendues que ce soit aux insurgés ou aux gardes-frontière russes.

La Russie a alors rétrocédé leur matériel militaire aux insurgés. On ne peut pas dire que la Russie soit neutre, mais elle n’est toutefois pas en état de belligérance avec l’Ukraine du point de vue du droit international. L’aide de conseillers militaires russes aux insurgés est possible, et pour tout dire assez probable, mais elle n’a toutefois jamais été prouvée. Inversement, l’aide de conseillers militaires américains à l’armée ukrainienne ne fait par contre aucun doute, de même que l’emploi de « mercenaires » (de la compagnie Academi qui est le nouveau nom de Blackwater, un société de sécurité privée) voire de volontaires polonais et Baltes.

L’actualité récente est marquée par le crash d’un avion  de ligne de Malaysia Airlines dans l’Est de l’Ukraine : à qui est imputable cet accident selon vous ?

Ce drame a été l’occasion d’une campagne hystérique antirusse d’une rare violence. Les Etats-Unis ont immédiatement accusé les insurgés et la Russie d’être les responsables de ce drame.

Aujourd’hui, les contradictions dans la thèse américaine sont désormais évidentes. Elles ont été, pour certaines, relevées par des anciens responsables du renseignement américain[4], comme William Binney, ancien Technical Director, World Geopolitical & Military Analysis, et co-fondateur du SIGINT Automation Research Center, David MacMichael, du National Intelligence Council, Ray McGovern, qui fut un ancien analyste de la CIA et de l’US Army infantry, Coleen Rowley, Special Agent de FBI, et Larry Johnson et Peter Van Buren qui ont travaillé tant à la CIA qu’au Département d’Etat[5].

Il est à noter que les accusations initiales affirmant la culpabilité des insurgés du Donbass, voire de la Russie, ont donné lieu ces derniers jours? à un rétropédalage en bonne et due forme des autorités françaises et à une forte discrétion à Washington. 

De fait, l’événement a disparu des radars médiatiques. Le Drian, Ministre de la Défense, a reconnu devant l’Assemblée nationale que les services secrets français ne savent pas quelles sont les responsables de ce drame et n’exclut pas la responsabilité de l’armée loyaliste.

Quelle est votre appréciation sur les sanctions prises par les USA et l’Union européenne contre la Russie et sur les contre-sanctions russes ?

Au départ, il s’agissait en réalité de sanctions pour la forme de la part de l’UE. Mais les USA sont montées en puissance dans les sanctions, et ont entraîné l’UE dans cette logique de fuite en avant. Or, si les contre-sanctions russes n’ont qu’un effet direct négligeable en France au niveau macro-économique.

Par contre, il y a un véritable effet indirect, qui n’est pas directement lié aux sanctions, du fait de l’arrêt des importations russes, du fait de consignes des autorités russes de se tourner vers d’autres partenaires économiques pour se fournir en produits d’importation.

Propos recueillis par J. Wachill, pour le journal étudiant amiénois
Solidarité Etudiante (journal d’information syndicale de l’AGEP)


[1] ndlr : parti d’extrême-droite ultra-conservateur issu de la mutation d’un parti qui se réclamait il y a peu encore « national-socialiste »
[2] ndlr : un mouvement néo-nazi
[3] ndlr : un ministre fascisant membre de Svoboda
[4] American Intelligence Officers Who Battled the Soviet Union for Decades Slam the Flimsy “Intelligence” Against Russia, URL http://www.washingtonsblog.com/2014/07/obama-release-ukraine-evidence.html
[5] Sapir J., MH17: Doubts in the Intelligence Community…, note publiée sur Russeurope, le 1er août 2014, http://russeurope.hypotheses.org/2610

Source : Merci Marianne.fr. 

UKRAINE: Poutine présente un plan de règlement de la crise



Photo: Aleksey Nikolsky Ria-Novosti AFPLe président russe Vladimir Poutine en compagnie de son homologue Tsakhia Elbegdor de Mongolie où il effectue une visite.


Agence France-Presse
France

Le président russe Vladimir Poutine a présenté mercredi un plan en sept points de règlement de la crise en Ukraine, disant espérer un «accord final» entre Kiev et les rebelles prorusses vendredi.  

«J’ai ébauché quelques réflexions, un plan d’action» sur le règlement du conflit en Ukraine, a déclaré M. Poutine, dans des propos, retransmis par la chaîne de télévision Rossia 24, tenus au cours d’une visite en Mongolie.  

Selon le président russe, il faut avant tout «mettre fin aux opérations offensives» dans les régions de Donetsk et de Lougansk (est), par l’armée ukrainienne comme par les rebelles. 

M. Poutine propose également un retrait des forces armées ukrainiennes à une distance suffisante pour exclure des tirs d’artillerie sur les localités situées dans la zone de conflit, de mettre en place un contrôle international de l’application d’un futur cessez-le-feu et de renoncer à l’utilisation des forces aériennes contre les civils. 

Les trois points restants prévoient un échange de prisonniers de guerre «sans conditions préalables», l’ouverture de couloirs humanitaires pour les réfugiés et la livraison de l’aide humanitaire dans l’est de l’Ukraine, ainsi que l’envoi dans cette région des équipes chargées de la reconstruction des infrastructures détruites au cours du conflit. 

«Je pense qu’un accord final entre les autorités ukrainiennes et le sud-est de l’Ukraine pourrait être trouvé et fixé le 5 septembre, au cours d’une réunion du groupe de contact» sur le règlement du conflit dans cette ex-république soviétique, a indiqué M. Poutine. 

«J’ai parlé au téléphone ce matin avec le président (Petro) Porochenko, et nos points de vue sur le règlement du conflit sont très proches, en tout cas, c’est ce qu’il me semble», a-t-il ajouté. 

Le rouble rebondit  

Par ailleurs, le rouble et la Bourse de Moscou, en chute depuis près d’une semaine en raison des tensions liées à la crise ukrainienne, ont fortement rebondi mercredi à la faveur d’espoirs de désescalade.  

Les marchés russes ont décollé en matinée lorsque la présidence ukrainienne a annoncé un accord avec Moscou pour un cessez-le-feu dans l’est de l’Ukraine. Leur progression s’est accentuée en fin de journée lorsque Vladimir Poutine a présenté un plan de paix et dit espérer un accord entre Kiev et les séparatistes prorusses vendredi.  

Tombé lundi à un niveau record de faiblesse face au dollar et à son plus bas depuis mai face à l’euro, le rouble rebondissait plus tard à 36,84 roubles pour un dollar contre 37,46 roubles mardi soir et à 48,43 roubles pour un euro contre 49,18 roubles la veille.  

Du côté des indices boursiers, l’indice Micex (libellé en roubles) a crû de 3,49 % et le RTS (en dollars) de 5,20 %. L’action de la banque publique Sberbank s’est envolée de 6,43 %, celle de sa concurrente VTB de 3,70 % et le titre du groupe gazier Gazprom a augmenté de 3,71 %.  

Les marchés russes avaient chuté pendant les séances précédentes en raison des accusations de plus en plus nombreuses d’intervention militaire directe russe en Ukraine et de menaces de nouvelles sanctions occidentales contre l’économie russe, déjà au bord de la récession.  

Les nouvelles mesures de rétorsion de l’Union européenne, principal partenaire commercial de la Russie, sont attendues d’ici à vendredi.

Source: Le Devoir

mardi 2 septembre 2014

Entretien avec Alain de Benoist : Et si le dollar venait à disparaître ?


Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.12 aoùt 2014

Longtemps, le dollar a été la monnaie mondiale dominante. Il semblerait que cette suprématie soit aujourd’hui menacée. Le billet vert, tigre de papier en devenir ?
Chacun sait que les États-Unis tirent un immense avantage du fait que leur monnaie nationale est aussi l’unité de compte utilisée comme monnaie internationale de transactions et de réserve. C’est ce « privilège exorbitant », comme disait Giscard, qui leur a permis de faire financer leur dette par des pays étrangers tenus d’accumuler des réserves de titres libellés en dollar pour commercer avec des tiers (à commencer par les « pétrodollars » qui leur permettent d’acheter du pétrole), d’exporter ainsi leur inflation et de se procurer une foule de biens à des coûts artificiellement bas, du seul fait de leur capacité à imprimer des quantités presque illimitées de papier-monnaie. Or, cette suprématie est désormais menacée.
Lors du sommet de Fortaleza, les 15 et 16 juillet derniers, le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Amérique latine et Afrique du Sud, soit 42,6 % de la population mondiale) a décidé la création d’une Banque de développement et d’un Fonds de stabilisation des réserves monétaires qui rempliront les mêmes fonctions que la Banque mondiale et le FMI, deux institutions largement dominées par les États-Unis depuis leur création. La nouvelle banque, dotée d’un capital initial de 100 milliards de dollars, aura son siège dans la capitale économique de la Chine – Shanghai – et n’utilisera que les monnaies des pays émergents. C’est l’accord financier multilatéral le plus important signé depuis 1945. Le dollar voit ainsi son monopole entamé, tandis que la Banque mondiale et le FMI perdent une partie de leurs moyens de pression exclusifs.
Autre événement : la signature, au mois de mai, d’un formidable accord portant sur la fourniture de gaz russe à Pékin pour un montant de 400.000 millions de dollars. Cet accord énergétique, conclu pour trente ans et dont on ne connaît pas toutes les clauses, sera négocié en renminbis (yuans) ou en roubles, et non en dollars. Les paiements réciproques en devises nationales, court-circuitant le dollar, s’étaient déjà multipliés ces dernières années. L’accord russo-chinois, en même temps qu’il confirme la volonté de Vladimir Poutine de se rapprocher encore plus étroitement de la Chine pour riposter à l’offensive lancée par les États-Unis contre lui, marque une étape décisive dans cette direction. D’autres clients de Gazprom sont déjà passés du dollar à l’euro. Russes et Chinois ont donc décidé de tourner monétairement le dos aux États-Unis.
Pour l’écrivain américain Ezra Pound, la création de la Fed (Réserve fédérale), au siècle dernier, c’est un peu le casse du siècle. Est-ce un peu exagéré ?
C’est une formule. Ce qu’il faut surtout rappeler, c’est que la Réserve fédérale, officiellement créée le 23 décembre 1913, sous la présidence de Woodrow Wilson, est un syndicat de banques privées qui trouve son origine dans une réunion tenue trois ans plus tôt sur l’île de Jekyll par un groupe de banquiers d’affaires. Paul Warburg en fut le premier président. Tout cela est abondamment rappelé dans les livres d’Antony Sutton et Eustace Mullins. Le dollar étant l’étalon de la valeur monétaire dans le système bancaire, la Réserve fédérale est devenue de fait la banque centrale du système monétaire mondial. Elle crée de l’argent à partir de rien et le prête au gouvernement américain contre rémunération. Plus les déficits sont importants, plus elle s’enrichit. Or, la dette publique américaine, qui n’était que de 909 milliards de dollars en 1980, atteint maintenant 17 650 milliards de dollars !
La puissance d’une nation repose en grande partie sur celle de sa monnaie. Celle du dollar est de plus en plus virtuelle, planches à billets et dette publique astronomique obligent : sa chute éventuelle pourrait-elle entraîner celle des USA ?
Il y a déjà bon nombre d’années qu’un certain nombre de pays, à commencer par la Chine et la Russie, souhaitaient mettre en place un nouveau système financier international qui ne soit plus fondé sur le dollar. Les derniers développements perturbent de toute évidence le « nouvel ordre mondial » né des accords de Bretton Woods du 22 juillet 1944, qui avaient instauré l’emprise du « consensus de Washington, c’est-à-dire l’hégémonie du dollar dans les transactions internationales (hégémonie encore renforcée après la décision de Nixon de détacher le dollar de l’or en 1971). En même temps qu’elle affecterait tous les pays tiers qui ont constitué des réserves de change en dollars, la chute du dollar affaiblirait considérablement les États-Unis. Si les pays du monde entier cessent d’utiliser le dollar dans leurs transactions, le niveau de vie des Américains pourrait même s’effondrer du jour au lendemain.
La nouvelle architecture financière globale d’un monde émergent multipolaire n’aura donc plus le dollar comme centre de gravité. Comme l’ont dit les dirigeants chinois, cela équivaut à « désaméricaniser » le monde. C’est tout le sens politique et géopolitique de la « dédollarisation » en cours. Après une hégémonie du dollar qui a duré 70 ans (tout comme l’Union soviétique), c’est là un fait historique majeur qui autorise à comparer la chute du « mur du dollar » à celle du mur de Berlin. Gageons qu’il n’en passera pas moins inaperçu aux yeux de ceux qui ne s’intéressent qu’aux anecdotes de la politique politicienne…
Source: BdVoltaire