samedi 29 août 2015

De l'idiotie universelle repandue par l'Occident



Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker francophone 

Est-ce qu'un dictateur pourrait désirer mieux ? La population entière de l'Empire, ou presque, pense maintenant de la même manière! La population est instruite dans les écoles et le personnel des universités est composé d'enseignants et de professeurs soumis et lâches. La population est informée par des centaines de milliers de journalistes et d'analystes serviles. Il n'y a pratiquement pas d'écart par rapport au récit officiel. Félicitations, l'Empire occidental! Vous avez réussi là où d'autres ont échoué. Vous avez obtenu une obéissance et une discipline presque absolues, une servilité totale. Et encore mieux, la plupart des gens pensent réellement qu'ils sont libres, qu'ils ont le contrôle. Ils croient qu'ils peuvent choisir, qu'ils peuvent décider. Ils sont convaincus que leur civilisation est la plus grande civilisation que la Terre ait jamais connue!

Des dizaines de millions font la queue, volontairement, demandant à être instruits pour obtenir à la fin un de ces diplômes impériaux officiels. Ils veulent être acceptés, certifiés et loués par les dirigeants. 

Les gens offrent leurs propres têtes courbées à une intervention complexe et prolongée de lobotomie. En échange de chiffons de papier timbré nommés diplômes, des hommes et des femmes perdent, pour toujours, leur capacité à penser de manière indépendante, à analyser et à voir le monde de leurs propres yeux. En guise de récompense pour leur soumission, leurs chances d'obtenir des postes prestigieux dans les bataillons d'élite du régime, institutions, universités et autres, augmentent de manière spectaculaire. Le degré extrême de conformité de la majorité des hommes et des femmes vivant dans nos sociétés rend les vieux livres comme Fahrenheit 451 et 1984 modérément dérangeants. Notre réalité de 2015 est beaucoup plus psychédélique, bizarre et effroyable... et scandaleuse aussi! 

La plupart des citoyens sont même prêts maintenant à payer de leur poche (ou de celle de leur famille) pour ces chirurgies du cerveau éducatives et propagandistes; ils sont désireux de s'endetter lourdement pour être soigneusement programmés et endoctrinés. Plusieurs années plus tard, lorsque tout est fini et que rien n'est resté de leur individualité, ils bombent le torse avec orgueil et souvent ils pleurent lorsqu'ils reçoivent ce morceau de papier timbré qui ne signifie en fait qu'une chose: «Admis, accepté et certifié - prêt à servir et à être utilisé par l'Empire et son régime fasciste.» 

Des millions d'étrangers se bousculent pour bénéficier aussi de cette lobotomie. Ceux qui viennent des pays colonisés et détruits sont souvent les plus impatients. Les enfants des élites sont excités à la perspective de recevoir le sceau d'approbation de l'Empire, pour être moulés, pour se fondre dans les masses en Europe ou en Amérique du Nord. Après l'obtention de leur diplôme et après leur retour à la maison, ils ajoutent leurs titres partout sur leurs cartes de visite, ils augmentent leurs tarifs et demandent du respect pour leurs manières occidentales et leur collaboration intellectuelle avec l'Empire. Ensuite, beaucoup d'entre eux s'occupent à voler et à endoctriner leurs compatriotes pour le compte de l'Occident. 

Dans de nombreux pays, il n'y a même aucune raison de quitter la maison. Le lavage de cerveau occidental est facilement accessible par le biais des innombrables écoles privées, chrétiennes et internationales, des églises, des institutions culturelles et, bien sûr, du divertissement. 

Même des pays comme la Chine, qui peuvent compter sur des cultures beaucoup plus grandes et plus anciennes que la culture occidentale, sont maintenant terriblement influencés par leurs propres fils et filles, qui ont été programmés à croire dans la grandeur de la civilisation occidentale. Ils ont été endoctrinés soit dans les établissements éducatifs à l'étranger, soit par les armées d'éducateurs occidentaux, savants et prédicateurs, de plus en plus occupés à voyager et à répandre leur évangile toxique partout dans le monde. 

Au lieu que soit dispensé un savoir diversifié et multiculturel, les écoliers et les étudiants ont reçu des doses d'endoctrinement calculées avec précision, bien éprouvées au cours des siècles d'impérialisme et de colonialisme. Maintenant, l'Empire sait extrêmement bien comment manipuler l'esprit humain. Celles et ceux qui sont violés sont forcés de croire qu'ils ont fait l'amour. A ceux qui ont été dépouillés indistinctement, on enseigne à encenser les puissances coloniales pour avoir construit leurs bâtiments administratifs et leurs chemins de fer, et on enseigne aux gens sur place à ne ressentir aucune honte pour leur passé et leur présent. 

Au lieu d'être encouragés à penser de manière indépendante, au lieu d'être invités à révolutionner leur pensée elle-même, les gens sont ligotés, prisonniers de carcans intellectuels austères. Le courage et l'indépendance d'esprit sont systématiquement dénigrés et rabaissés. Les âmes rebelles sont étiquetées inemployables, presque comme antisociales. La couardise, la soumission et la médiocrité sont promues et commercialisées par le système extrêmement complexe et diversifié de la propagande, la publicité, les événements culturels et de divertissement et les médias. 

Dans un monde totalement uniforme, où même la culture et les médias sont au service de l'Empire et de ses intérêts commerciaux néolibéraux, le Nouvel Homme et la Nouvelle Femme sont pétris dans l'argile intellectuelle, et ensuite placés sur des socles massifs : tous sont grands et minces, tous régurgitent éloquemment et bruyamment des clichés, évitant soigneusement les véritables questions, communiquant intensément avec les autres à propos de rien, tout en restant incroyablement ignorants du monde. 

Les Nouveaux Humains sont tous souriants et ont l'air très cool. Ils conduisent les derniers modèles de voitures et tiennent des gadgets modernes dans leurs mains. Ils ont confiance en eux et sont constamment égoïstes. Leurs fesses sont de plus en plus parfaites, et stéréotypées. Beaucoup d'entre eux prennent des sédatifs, des antidépresseurs ou des drogues, la plupart d'entre eux sont malheureux, peu sûrs d'eux, mécontents de leur travail, malheureux dans leur famille, incapables de trouver ou de chercher leur deuxième moitié. Tout cela, bien sûr, ne se montre pas! En apparence, d'innombrables hommes et femmes occidentaux ont l'air ravissants! 

Les fascistes italiens et allemands ont essayé désespérément de créer cette race de super-humains en apparence sûrs d'eux, mais obéissants. 

Ils ont échoué.


jeudi 27 août 2015

Le camp de concentration bancaire, ou la disparition de l'argent liquide

Traduit par Olga pour Réseau International 

La mort de l'argent

Depuis longtemps on tente de nous prouver que le système monétaire basé sur les signes de trésorerie (billets de banque et des petites pièces de monnaie) est un anachronisme, un signe d'arriération. Que l'argent généralement représente un « terrain fertile » pour toutes sortes de crimes et transgressions. Que toute l'économie « grise » se tient sur l'argent liquide et par conséquence, le budget d'état ne reçoit pas les taxes. C'est grâce à l'argent liquide que la corruption se fait. L'argent liquide est une source de financement du terrorisme et de toutes sortes de groupes criminels. On peut continuer plus loin la liste de ce qu'on peut faire d'illégal et criminel avec argent liquide. Il se révèle aussi que les citoyens respectueux de la loi, possédant l'argent liquide, courent de gros risques : ils peuvent être volés et même tués. Ils sont des victimes potentielles de personnes sans scrupules qui peuvent leur imposer de faux billets de banque. Enfin, on cite un gros inconvénient pour l'état. Selon certaines estimations, le traitement et le stockage de l'argent liquide dans notre pays coûte l'équivalent de 1% du PIB. 

En revanche, dans tous les sens sont vantées les vertus des moyens non monétaires : la facilité d'utilisation (cartes plastiques) de titre de paiement pour les courses, pour le paiement des transports, logement et autres services, pour les virements. En outre, il y a la protection contre le vol et la contrefaçon. Sans parler de l'amélioration de la vie de la société en général. L'économie « grise » disparaîtra, les drogues disparaîtront, la corruption mourra, les terroristes disparaîtront, le budget débordera de recettes d'impôts, etc. 

À première vue, il semble n'y avoir rien à discuter. Il faut, dès que possible supprimer l'argent liquide, et rattraper le retard. Certaines personnes semblent avoir une attitude dégoûtée envers les billets. Certains notent des taches sales sur le papier, que les utilisateurs précédents ont laissé. D'après le dicton, l'argent n'a pas d'odeur, mais on nous assure que l'argent liquide a une mauvaise odeur. Tandis que la monnaie scripturale, elle est propre et ne sent pas! Dans le sens propre et figuré. Mais là, je ne suis pas d'accord. Si nous convenons que l'argent sent, alors la scripturale d'aujourd'hui pue, de manière si forte et si pénétrante qu'aucun masque ne puisse aider. Malheureusement, la période suffisamment longue d'une « économie de marché » (c'est à dire, le capitalisme), a fait que notre sens de l'odorat s'est si émoussé que nous ne sentons pas l'odeur des diverses ordures, y compris ce qu'on appelle le « banking trash ».

Pourquoi j'ai une attitude aussi inconciliable (intolérante) face à l'argent non-liquide ? Pour la simple raison que c'est un moyen de paiement et d'échange illégal. Autrement dit, du faux argent. Et qui est engagé dans la production d'argent non-liquide (également appelé l'argent de dépôt) ? Ce sont les banques commerciales, dont nous avons aujourd'hui plus de 800. En Amérique (USA) elles sont près de 7 000. Quelles lois définissent le statut et le règlement de l'argent non-liquide ? Aucune. Sa production et sa circulation sont, comme disent les avocats, « hors du cadre légal ». Dans notre pays, dans certains cercles [criminels ou de l'ombre], on appelle une telle activité « la vie par compréhension mutuelle ».

Ce que je dis-là n'a rien de sensationnel. Je ne découvre pas l'Amérique ici. Un certain nombre d'auteurs ont longtemps essayé de parvenir auprès des politiciens, les députés, le ministère public, la Cour constitutionnelle, et même le président russe avec des demandes et des exigences pour rétablir l'ordre dans la sphère de la circulation de l'argent. Arrêter la contrefaçon à grande échelle. Parmi ces auteurs il y a Vladimir Yurovitsky, Moïse Gelman, Eugene Volobuev. Cependant, de nombreux autres auteurs, dont l'auteur de cet article, ont décrit la nature de l'argent de dépôt. Dans mon livre « L'intérêt des prêts, une juridiction insensée » j'ai consacré plus de cinquante pages à ce sujet. 

Les usuriers ont longtemps cherché auprès des autorités le droit d'émettre leur propre monnaie contre la monnaie de bon aloi (en métal) recueillie sur les comptes de dépôt, sous la forme de prêts pour des montants excédant le montant emprunté en monnaie métallique, et ils sont parvenus à leur fin. Dans certains manuels d'économie, des auteurs ont même été sollicités pour donner un nom à un tel arrangement des opérations de dépôt et de prêt : « la couverture incomplète (partielle) des obligations » des banques.

Certains banquiers disent même ouvertement que les prêts par les banques contemporaines représentent une promesse de délivrer de l'argent qu'elles n'ont pas. Environ 10% des prêts accordés peut être assuré par l'argent à part entière (ou légitime), le reste sont les promesses sous la forme de dépôts ou d'argent non-liquide. La nature frauduleuse du système de « la couverture incomplète ou partielle des obligations » des banques ne se manifeste que pendant les « raids » des épargnants, ou « les attaques sur les banques », lorsque les détenteurs de dépôts exigent le retrait complet de leur argent (légitime). C'est un faux-monnayage explicite à grande échelle.

Ce sujet est scrupuleusement passé sous silence par les médias du monde entier, qui, comme on le sait, sont sous le contrôle des « propriétaires de l'argent ». On ne dit rien, ou presque, sur ce sujet dans les universités, même dans les facultés d'économie, même dans le cours « L'argent, le crédit, les banques », cours standard dans les universités russes d'aujourd'hui. Les juristes et les autorités chargées de l'application du droit ne le remarquent pas. Les lois ne disent rien sur ces « quittances non alimentées » dont le nom officiel est « l'argent de dépôt » ou «l'argent scriptural ». Ce quasi-argent existe, mais comme s'il n'était pas là. Aujourd'hui les responsables gouvernementaux et les banquiers parlent de la nécessité de l'utilisation plus large du scriptural, mais, on ne sait pour quelque raison, tout le monde oublie complètement que cet argent est illégal. En fait, il est faux. Il se trouve que, aujourd'hui, non seulement certains groupes de la criminalité organisée vivent « par compréhension mutuelle », mais aussi l'ensemble de l'état. 

La monnaie légale, « le moyen de paiement légal » ou « legal tender » dans le droit anglo-saxon, représente uniquement les obligations qui sont émises par les banques centrales. C'est l'argent liquide sous la forme de papier-monnaie (billets de banque) de valeurs différentes, avec la protection contre la falsification. Au bon temps jadis les billets des banques centrales étaient assurés, complètement ou en partie, par des matériaux métalliques (standard d'or). Aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Ce sont des simples signes de papier (appelés la monnaie fiduciaire). Mais en cela, cet argent est légitime, son statut est fixé par les lois et souvent par les constitutions. Mais l'argent scriptural est l'argent de l'ombre, en fait illégal. C'est justement sur eux que la puissance des banquiers est fondée, ainsi que la capacité des banques de « faire de l'argent à partir de rien ». Ils font des profits fabuleux. Tandis que les prêteurs accordent des prêts avec la fausse monnaie, la dette est remboursée entièrement par des actifs réels. La soi-disant « couverture partielle des obligations » des banques est « l'alchimie monétaire » dont les alchimistes médiévaux, qui avaient essayé d'obtenir l'or à partir de fer, ne pouvaient rêver. 

Donc, maintenant (depuis déjà 23 ans) nous avons dans notre pays le même faux système monétaire comme l'ensemble du « monde civilisé ». La conception de ce système nous a été imposée par « les maîtres de l'argent » pour assurer le vol « efficace » de la Russie. Les banques russes sous l'égide de la Banque centrale de Russie (Banque de Russie) émettent l'argent de dépôt (argent non-liquide) dont la part dans masse monétaire totale (la somme d'argent liquide et non-liquide) est, ces dernières années, de 75-77%. Les banques sortent ensuite les bénéfices obtenus par « l'alchimie monétaire » en dehors de la Russie. Là, tôt ou tard, ces bénéfices aboutissent chez les « maîtres de l'argent » qui sont les principaux actionnaires de la Réserve fédérale des États-Unis. 

Je suis obligé de dire cela pour que les citoyens de la Russie comprennent les plans que préparent les autorités monétaires de la Russie (le ministère russe des finances et la Banque de Russie), sur le remplacement de l'argent liquide par l'argent scriptural. Les banquiers et leurs assistants (agents publics) cherchent à élargir les possibilités des institutions de dépôt et crédit pour produire « l'argent à partir du vent ». En plus, le blocage de l'argent au sein du système bancaire réduit pour les clients des risques « raids » modernes des bailleurs de fonds 

Il convient de garder à l'esprit que le groupe dirigeant financier, ou les maîtres de l'argent, pense non seulement à l'augmentation des capitaux, mais aussi au pouvoir mondial. Ils mûrissent des plans prévoyant le passage à un certain moment à l'argent 100% scriptural. L'argent liquide qui est aujourd'hui l'unique moyen de paiement légal, à un certain moment sera déclaré illégal. En même temps, l'argent scriptural qui était, et reste, un moyen de paiement illégitime, sera déclaré légitime. Ce sera la finale de la « révolution monétaire permanente » que les usuriers promouvaient pendant des siècles. Cela va créer « le camp de concentration bancaire », et le pouvoir sur le monde passera définitivement à ces usuriers. 

L'argent en tant qu'outil pour parvenir au pouvoir mondial ne sera plus nécessaire pour les usuriers. En cela, il sera inutile à tout le monde. Comme on le sait, dans les camps de concentration l'argent est un luxe absolument inutile. La mort de l'argent viendra. Avec, peut-être, la « fin de l'histoire ». Mais ce n'est pas la fin de l'histoire dont Francis Fukuyama a écrit il y a un quart de siècle. C'est celle dont la Révélation de Jean (l'Apocalypse) a dit il y a 2000 ans. Je rappelle le fragment bien connu :

« Et il fera que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, recevront une marque sur leur main droite ou sur leur front, et personne ne pourra acheter ni vendre sans avoir la marque, ou le nom de la bête, ou le nombre de son nom ».

mardi 25 août 2015

Stratégie militaire nationale des États-Unis d'Amérique en 2015


Image
© Inconnu

En juin 2015, le Pentagone a publié un document sur la "Stratégie militaire nationale des États-Unis d'Amérique en 2015".

Le document annonce un changement de préoccupation se portant moins sur les terroristes que sur les «acteurs étatiques» qui "remettent en question les normes internationales". Il est important de comprendre ce que ces mots signifient. Les gouvernements qui remettent en question les normes internationales sont des pays souverains qui poursuivent des politiques indépendamment de la politique de Washington. Ces « États révisionnistes » sont des menaces, non pas parce qu'ils prévoient d'attaquer les États-Unis - le Pentagone ayant admis que ni la Russie ni la Chine n'en avaient l'intention - mais parce qu'ils sont indépendants.

Assurez-vous de saisir ce point : la menace est caractérisée par l'existence d'États souverains, dont l'indépendance d'action en fait des "Etats révisionnistes." En d'autres termes, leur indépendance n'est pas compatible avec la doctrine du pouvoir unique des néoconservateurs qui déclarent que le droit de Washington constitue la seule action indépendante. L'histoire de l'hégémonie de Washington exclut toute action indépendante d'un autre pays. Par définition, un pays avec une politique étrangère indépendante de Washington est une menace.


lundi 24 août 2015

France, Libye et migration : considérations sur une énigme catastrophique




RT-France (Russia Today) s'est adressé à un expert incontestable des affaires méditerranéennes, reconnu en France comme tel et unanimement respecté, Kader A. Abderrahim (chercheur associé à l'Iris, spécialiste du Maghreb et de l'islamisme, maître de conférences à Sciences-Po Paris, auteur de divers ouvrages, etc.). Le thème proposé est celui de la crise migratoire (ce que nous nommons GCM pour Grande crise Migratoire), et notamment les rapports de cette GCM avec l'intervention du bloc BAO, France incontestablement en tête, en Libye en 2011. Le verdict de monsieur Abderrahim ne fait aucun doute, puisqu'il le répète à deux reprises : «Il y a une relation directe, de cause à effet... [...] Donc oui, encore une fois, il y a une relation directe, de cause à effet, entre les interventions militaires occidentales depuis 30 ans, le chaos qui a été provoqué et la situation actuelle des migrants.»
La France et ses acolytes ont donc accumulé les sottises, dont ils paient aujourd'hui les effets. Ce qui paraît peu ordinaire au chercheur, c'est l'espèce de paralysie dans laquelle se trouvent plongés ces pays, et particulièrement la France, qui encaissent sans broncher la crise migratoire sans chercher ni à comprendre, ni à agir. Abderrahim juge en effet qu'il y a diverses actions possibles, ne serait-ce que l'organisation d'un blocus des côtes libyennes pour empêcher le trafic du pétrole libyen, qui sert principalement à la trésorerie de Daesh et alimente le désordre libyen, lequel constitue le principal moteur de l'émigration massive du pays. 

Les termes employés par Abderrahim sont très caractéristiques, notamment un terme comme "tétanisé", qui concerne notamment la France dont l'expert nous dit pour terminer que son comportement est une énigme (« La question fondamentale est de comprendre pourquoi la France ne pèse pas de tout son poids, de toute son histoire, de tout l'appareil diplomatique dont elle dispose pour résoudre cette crise après avoir provoqué cette guerre. C'est une grande énigme pour moi mais malheureusement je n'ai pas de réponse... »). 

L'on sent bien, avec de tels propos, que l'on ne se trouve pas sur le champ habituel de la politique, avec ses erreurs, ses succès, etc. Non, il semble bien qu'il y ait quelque chose d'autre, ce qui est qualifié effectivement de "grande énigme", - et nous acceptons sans aucun doute cette sorte de propos. La sottise et l'aveuglement des dirigeants en place, bien qu'elle soient absolument considérables, n'expliquent pas tout. 

Notre hypothèse, nul ne s'en étonnera, est que nous nous trouvons bel et bien devant une direction politique qui s'est transmutée en une direction-Système au sens le plus large du mot, c'est-à-dire une direction qui n'a plus aucune capacité principielle, plus aucune référence renvoyant à un principe qui fonde la légitimité et l'autorité d'une direction politique ; et, dans ce cas, l'intelligence de la situation évolue à mesure... 

Ce propos vaut essentiellement pour les deux ailes du "parti unique", - ce que les opposants nomment UMPS, - et il vaut pour les autres pays de l'UE en général, comme il vaut pour les USA où l'on trouve également ce "parti unique" avec ses deux ailes, démocrates et républicains. L'évolution vers la situation présente a pris un certain temps et, pour la France, la présidence Sarkozy a constitué une partie importante du développement du processus. Au reste, il est heureux pour la démonstration que l'attaque contre la Libye ait eu lieu sous la présidence Sarko, et que sa conséquence dans le fait de cet aspect libyen de la GCM se manifeste sous la présidence Hollande ; il est ainsi d'autant plus démonstratif qu'aucune allusion, jusqu'à la plus minime, ne soit fait au sein de la direction-Hollande pour charger la direction-Sarko, qui a entrepris l'attaque contre la Syrie, de sa responsabilité première dans la crise migratoire actuelle. 

Les deux directions sont totalement solidaires en l'occurrence dans la responsabilité originelle, et d'ailleurs cette responsabilité est nulle et non avenue puisque l'expédition contre la Libye continue à être considérée, officiellement mais aussi fondamentalement, à la fois comme totalement justifiée, à la fois comme un succès complet, quelque chose dont la France doit être absolument fière... Sottise et aveuglement, même dans le registre des tonnes de cette sorte de traits de l'esprit, ne suffisent vraiment pas à expliquer ce qui se passe. 

La situation actuelle des directions-Système, et celle de la France en particulier, - car elle est, dans ce registre, certainement l'une des plus performantes, - est celle d'un autisme compliqué d'une compartimentation extrême de l'instrument du jugement. Ce qui a été présenté sous la forme d'une narrative triomphante avec l'apparat habituel (en général une pièce ou un film-documentaire de BHL) ne peut être contredit par quelque réserve que ce soit, suivant en cela l'impératif déterminisme-narrativiste

Ainsi n'a-t-on envisagé il y a quelques mois, pour un temps et pas très longtemps car la paralysie "tétanisée" est partout présente, qu'une action militaire contre les passeurs de migrants, ce qui conduisait à circonscrire l'action à la seule question de la migration, sans interférer en aucune façon sur la cause de cette migration. 

Ce que propose Abderrahim, par contre, sort de la seule sphère de la migration en abordant un sujet (Daesh en Libye, se finançant avec le pétrole libyen) qui pourrait conduire l'un ou l'autre esprit qui s'aventure encore sur le territoire terriblement dangereux de l'enchaînement de cause à effet à observer que l'un des effets de l'intervention en Libye a été d'ouvrir à Daesh, - qui s'est développé entretemps l'on sait comment, - une source de financement dégagée par l'intervention. (Pensez donc ! Certains mauvais esprits avaient été jusqu'à conclure qu'on attaquait la Libye pour que les pétroliers occidentaux puissent disposer à volonté du pétrole libyen.) 

Si l'on prend le problème sous cet angle, on arrive aisément à la conclusion que la "grande énigme" de l'inexistence de la France dans cette crise qui la concerne directement et dont elle est directement la cause n'en est plus une. L'explication revient simplement à admettre que la France telle que nous l'avons connue ("tout son poids, [...] toute son histoire, [...] tout l'appareil diplomatique dont elle dispose") n'existe plus. La France s'est littéralement volatilisée. 

Désormais, elle s'en remet à l'UE, éventuellement à l'ONU, éventuellement avec empressement aux États-Unis, mais elle trouve dans toutes ces instances, et notamment dans cette crise des migrants, bien autant de paralysie qu'elle en montre elle-même. Désormais, la France n'a plus d'histoire, elle n'a plus d'appareil diplomatique qui ne soit autre chose qu'une chambre d'enregistrement des différentes consignes-Système, elle n'a plus de poids et flotte dans l'atmosphère, dans les gaz divers, comme une sorte d'objet éventuellement non identifié puisque les diverses mémoires consultées, fixées bien entendu dans l'instant présent (le "grand Now"), n'ont strictement rien qui puisse tenir lieu de souvenir de ce que fut la France. 

Cette absence complète de vision, de prévision, d'appréciation, cette absence complète de stratégie qui rejoint effectivement le même vide que l'on a constaté à propos des USA (voir le 15 août 2015), conduisent d'une façon assez naturelle, sans tapage excessif dirions-nous, à des situations catastrophiques par rapport à ce qu'on attendait de grandes difficultés dans la période, en ramenant toute l'action humaine à des automatismes-Système. 

Ainsi les diverses "politiques" et autres "stratégies" d'apparence humaine, ne sont plus en réalité que des éléments qui s'insèrent dans l'évolution eschatologique générale que l'on a implicitement envisagée au début du siècle en même temps que l'on commençait à mesurer les conséquences concrètes et opérationnelles de l'énorme crise de l'environnement/crise climatique. Le gouvernement des hommes, dans tous les cas de cette partie-humaine-là (le bloc BAO), devient une partie intégrante de l'évolution eschatologique générale que connaît notre civilisation, en l'accélérant bien entendu, en en rapprochant les échéances de manière catastrophique. 

Ainsi, ce jugement que nous faisions le 4 août 2015 sur la question de la migration peut-il être repris, mais en le complétant avec l'hypothèse fortement affirmée que les acteurs humains ne le sont plus vraiment. Les acteurs humains, qu'on peut désormais décrire comme des figurants robotisés, sont vraiment devenus des instruments du système, et par conséquent des instruments au service de la Grande Crise générale dont on espère avec ferveur qu'elle est celle de l'effondrement du Système, certes ; ils observent la Grande Crise de la Migration sans rien en dire de particulier, en causant du nombre de tentes disponibles pour loger les migrants, de la nourriture éventuellement à leur distribuer, et surtout, surtout, des sentiments humanitaires qu'il faut continuer à entretenir avec ferveur ; en effet, il nous reste, en France, la seule chose qu'on n'ait pas perdue d'elle, ce qu'ils nomment l'"esprit du 11 janvier" ...

« Les prévisionnistes les plus pessimistes de cette fin de siècle/début de siècle, ceux qui élaboraient des scénarios catastrophiques au niveau du climat, de l'eau, des ressources, etc., n'annonçaient pas cette GCM avant 2025-2030. (Les finauds de la CIA offraient effectivement 2025.) Les cas envisagés flirtaient avec l'apocalypse, comme la disparition sous les eaux, du fait de la montée des océans, de zones extrêmement peuplées, entraînant une migration massive.  
Le fait est qu'ils se trompaient tous, que la GCM les a tous pris de court, grâce à l'activité humaine la plus convenue, celle dont le bloc BAO (car il s'agit bien de lui) est le plus fier, - qui est la politique d'interventionnisme humanitariste, selon notre jargon, prônée avec un inlassable enthousiasme par les neocons plutôt à droite et les R2P (acronyme pour illettrés et diplomates postmodernes-BAO de Right To Protect) presque "plutôt à gauche", rassemblés dans une vertueuse union qui supprime les clivages archaïques gauche-droite comme l'on dit dans les discours.
[Le président chèque] Zeman, qui présente en général un visage assez bougon, ne prend pas de pincettes pour dire leur fait aux grands inspirateurs de cette politique interventionniste que sont les USA, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne, l'UE, la pensée-BHL, etc., pour ne citer que les plus essentiels. Il situe justement ce qu'on pourrait nommer lestement "la mère de toutes les conneries" dans le fait de la guerre irakienne de 2003, dont les USA continuent à montrer une certaine fierté.  
Pour autant, Zeman devrait appuyer avec plus d'insistance sur la date de 2010, la constitution décisive du bloc BAO, l'entraînement zélé des puissances occidentales à entrer dans la guerre-contre-Assad, à conchier l'Iran, à liquider Kadhafi dans les conditions humanistes qu'on sait pour libérer la Libye et la laisser à ses tendances naturelles de la démocratie créative ; parallèlement et pour compléter l'arsenal de leurs performances, l'activisme zélé du bloc BAO pour promouvoir, équiper, encourager, armer, etc., tout ce qui peut s'imaginer de plus extrémiste en fait d'islamisme, pour déboucher sur le Frankenstein-parfait qu'est Daesh/État Islamiste.  
L'ensemble a constitué bien entendu l'espèce de bombe même pas à retardement puisque l'effet est direct, qu'il est suffisant pour déclencher ce mouvement de migration massive, émigration des innombrables pays touchés, immigration vers les pays européens essentiellement, tout cela pouvant et devant être considéré comme le coup d'envoi de la Grande Crise de la Migration, notablement en avance sur l'horaire. »